Pour en savoir un peu plus sur les coulisses de l'Histoire, plongez-vous dans la lecture des Carnets de Raoul Birgotex
Bonjour à vous, très cher lecteur.
Avant d'en venir au pourquoi de ces carnet et aussi à leur comment, je pense utile de commencer par me présenter. Je me nomme donc Raoul Birgotex. Je suis un humain (pour ceux qui considéreraient cette information comme importante...) et suis aujourd'hui âgé de 84 années galactiques standard. J'ai longtemps travaillé à la Gazette Galactique, l'hebdomadaire bien connu où j'ai commencé comme simple reporter avant de finalement en devenir le rédacteur en chef. J'ai pris ma retraite l'année dernière, et je goûte aujourd'hui un repos relativement mérité.
D'emblée avant de continuer ce récit, je tiens à signaler qu'il est inutile pour quiconque de chercher à me contacter. Le lieu de ma retraite est bien caché, et je ne compte pas le dévoiler de si tôt. Je précise aussi à ceux qui chercheraient à me supprimer une fois qu'ils auront pris connaissance des informations qui suivront que le présent récit ainsi que tous ceux qui suivront ont été pré-enregistrés avant leur diffusion sur le réseau à large bande, et qu'il est donc inutile de tenter de remonter à leur source pour me trouver... D'ailleurs, en supposant que trouver leur source soit possible, cela ne vous mènerait à rien, très chers ennemis. Que voulez-vous, après avoir fréquenté pendant plus de 60 ans les milieux les plus reculés de la société souterraine de cette galaxie, on parvient à nouer quelques relations très utiles pour le genre de tâche qui m'incombe à présent...
Mais trêve de parlottes, je crois qu'il est maintenant temps d'entrer dans le vif du sujet.
Tout d'abord pourquoi ces récits, pourquoi ces mystères, quel est le problème? Voyez-vous, j'ai été pendant longtemps le confident des grands de ce monde. J'ai souvent dîné en compagnie de l'Empereur (surtout Lorendoras VIII et IX), dont je peux même me vanter d'avoir compté parmis leurs amis. Savez-vous que j'ai personnellement assisté à l'entrevue de Sa Majesté Lorendoras IX avec Férys? C'était il y a plus de 50 ans maintenant, et... mais je m'égare! Quoi que peut-être pas tant que cela... Vous êtes sûrement en train de vous dire que pour un journaliste, j'ai beaucoup de mal à construire un récit. C'est que, voyez vous, j'ai beaucoup de choses à vous dire, et ces choses sont fortement reliées entre-elles, au point d'être enchevétrés comme un plat de spaguettis (vous consulterez l'encyclopédie galactique, rubrique "cuisine du 21 ème siècle" si vous tenez à savoir ce que c'est...) En fait, je pense qu'il serait bon de commencer par le commencement, vous seriez moins paumés (pour la définition de ce mot, voyez la rubrique "argot du 21 ème siècle"). Bon j'arrête de tourner autour du pot, je deviens lourd, je suis bien d'accord avec vous. Tout ce que je voulais dire par le déblatérage qui précède est que je suis en possession de documents uniques, d'enregistrements de conversations, de copies de messages classés secrets défence etc. dans lesquels vous pouvez avoir la plus aveugle confiance. Je mets au défit quiconque de mettre en cause l'authenticité des faits que je vais relater.
Replaçons-nous si vous le voulez bien dans le contexte de l'année de grâce 4050 après Jésus-Christ. Par une belle journée d'été (sur Terre du moins...), les unités d'exploration impériales posèrent le pied sur un monde qui allaient s'avérer, dans la suite de l'Histoire universelle, d'une importance majeure. Il s'agissait d'Uxoje, planète reculée, aride et désolée située dans le secteur 25 aux coordonnées 004-099. Les explorateurs de Sa Majesté qui pour la première fois foulèrent le sol sabloneux de ce cailloux paumé étaient sans doute loin d'imaginer dans quel guépier (ou nid de Zwiies pour utiliser une expression plus actuelle...) ils venaient de se fourrer.
Voici quel fut à l'époque le rapport que l'équipe d'exploration adressa à l'Empereur suite à la découverte d'Uxoje:
De: Unité d'Exploration Eloignée 25-102, actuellement stationnées aux coordonnées 004-099
A: Sa Majesté l'Empereur
Niveau de priorité: Normal
Sire,
J'ai l'honneur de vous faire savoir que nous venons d'ajouter, pour Votre
prestige et celui de l'Empire, le système 25-4-99 au rang de Vos
possessions.
Notre équipe a procédé à l'annexion officielle
ce lundi 4 janvier de l'année 4250, à 22h28 Heure Standard
Galactique. Nous n'avons rencontré aucune résistance. Les
premiers relevés n'indiquent aucune présence d'être
vivants. Une sonde d'exploration autonome semble pourtant avoir relevé des
traces de constructions bâties par une espèce intelligente,
sans doute voici plusieurs millénaires. Nous vous tiendrons au courant
de l'évolution de nos investigations à ce sujet.
La lumière de l'Empire n'a pas d'égal, je vous demande d'accepter
mes humbles salutations.
Pour l'Empire,
Maréchal impérial Louis Alphonse de Cast
Mais je reviendrai sur tout cela dans la seconde partie de mon récit...
Ah tiens vous êtes encore là, cher lecteur ? Votre résistance à l'ennui me surprend. Où donc va la galaxie si même vous, personnage important s'il en est, vous n'avez rien de mieux à faire qu'écouter les souvenirs d'un vieux journaliste…
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais l'Histoire galactique telle qu'on la présente le plus souvent tant dans les logiciels scolaires quand dans les encyclopédies destinées aux plus savants des érudits contient un nombre impressionnant de trous béants. A plusieurs moments les historiens laissent entendre, à mots à peine voilés, qu'ils ne savent pas ce qui a bien pu se passer à tel instant, tel endroit ou dans la tête de tel personnage. Ce n'est pas que je considère cela comme mal en soi. Après tout, parfois, il est normal de ne pas savoir. Savoir qu'on ne sait pas, et oser le dire, c'est une qualité que tout le monde ne possède pas. Non, ce que je supporte moins c'est la tendance qu'ont certains à vouloir boucher les trous avec un mortier de leur crû. On ne sait pas ce que tel personne pensait, parce qu'elle n'en a rien dit ? Qu'a cela ne tienne, nous allons inventer… Cette attitude, à mon sens, n'est pas scientifique. En tant que journaliste, mon rôle est de relater les faits. Il n'y a pas de place pour l'imagination dans mon métier.
Ainsi donc, un jour de l'année 4050, l'Empire découvrit Uxoje…
Je trouve que depuis deux siècle, un des empereurs aurait pu se donner la peine de rétablir la vérité. Bien sûr, en l'an 3825 l'Empire n'existait pas encore, puisqu'il fut créé l'année suivante par Ryes de Lorendoras sur les cendres de la Fédération Libre Galactique.
Je vous sens perdu, très cher lecteur… Vous ne comprenez pas ce que je dis, et encore moins où je veux en venir. Bien, alors retenez juste ceci : en 3825, Ryes de Lorendoras, celui qui allait créer l'Empire en 3826 et devenir Empereur connaissait l'existence d'une entité intelligente appelée Férys. Il savait que cette entité manipulait les destinées comme bon lui semblait. Il savait que les Rakrariors avaient découvert au moins un Techno-Tunnel menant dans une autre galaxie, et il savait enfin que c'est de cette galaxie qu'était venu Férys. Cela fait beaucoup de choses dans la tête d'un si petit Homme, vous ne trouvez pas (c'est une façon de parler…) ? Comment le secret fut-il si bien gardé jusqu'alors, je n'en sais rien, et je n'émettrai pas d'hypothèses sur ce sujet, ce ne serait pas professionnel. Le seul doute qui subsiste à mon avis, c'est de savoir si le Techno-Tunnel découvert par les Rakrariors était celui d'Uxoje ou un autre. A la limite, cela n'a aucune importance puisqu'il en existe au moins 5 d'ouverts entre les deux galaxies, et une infinité d'autres pourraient s'ouvrir également.
Avant que vous ne m'accusiez d'émettre moi-même des hypothèse farfelues, je vous incite à écouter l'extrait de conversation suivant. Il s'agit d'une séquence holo-filmée il y a un peu plus de 40 ans pour la Gazette Galactique. Le personnage principal, l'Empereur Lorendoras IX répond à l'une de mes questions et évoque la connaissance que ses ancêtres avaient des Technos-Tunnels. La séquence fut bien sûr, à l'époque, coupée au montage sur ordre de l'Empereur :
Il reste tant à découvrir !
Vous savez, mon cher Giroflex, l'exploration spatiale n'en est qu'à ses début, nous n'avons cartographié qu'une seule galaxie. Il ne faut pas croire que l'Empire, depuis que je suis à sa tête, n'a plus vocation à explorer et découvrir de nouveaux mondes. Certes, les guerres récentes m'ont empêchées de consacrer toutes les ressources que je voudrais à l'envoi de flottes d'exploration dans d'autres galaxies. Les Empereurs précédents étaient beaucoup plus libres que moi à ce niveau, c'est ce qui leur a permis de découvrir et franchir les Technos-Tunnels pour en explorer l'autre bout.
Evidemment, si ces explorations doivent se conclure, comme dans les cas précédents, en la conduite de nouvelles guerres aux confins de l'univers, il est peut-être plus judicieux de mettre la recherche en veilleuse pour se concentrer sur nos problèmes les plus proches, vous ne trouvez pas ?
Intéressant, n'est-il pas ?
Pour en revenir à ma critique sur les inventions des historiens, je vais me permettre (qui m'en empêcherait, après tout) de critiquer Miss HildeWar, historienne bien connue parmi la profession mais dont l'imagination fertile n'a d'égale que le manque manque de zèle à vérifier des informations pourtant très basiques. Ainsi, lorsqu'elle dit dans l'Encyclopédie d'Histoire Galactique qu'en 3825 "le chef des rakrariors aurait pu être éliminé par Férys", je trouve que c'est prendre un raccourci bien dangereux. C'est le mot assassinat qui me gène, voyez-vous. Mourir empoisonné, poignardé dans le dos, trans-lobotomisé ou désintégré de manière louche, là ce sont les circonstances dignes d'un assassinat. Mais mourir à bord d'une station de combat qui explose dans une galaxie lointaine suite aux assauts de Zwiies (eh oui !), là ça n'a rien d'un assassinat mais c'est une simple (si je puis dire!) mort au combat…
Parce que, voyez-vous, à cette époque les Rakrariors menaient une guerre dans une lointaine galaxie. Celle, précisément, qu'ils avaient découvert en traversant le Techno-Tunnel. Celle où ils ont trouvé (ou plutôt retrouvé) Férys. Et celle où ils ont trouvé des Zwiies…
Est-ce le mot Zwiie qui vous fait frissonner comme cela, cher lecteur ? Alors remettez-vous, car vous n'êtes pas au bout de vos frissons. Mais je vous parlerai de la suite un autre jour…
Tiens vous revoilà…
Depuis la dernière de mes transmissions, il y a une dizaine de jour, j'ai quelque peu réfléchi et, croyez le ou non, j'ai pris pitié de vous cher lecteur. C'est que la dernière fois, emporté dans mon élan, je vous ai parlé de choses terrifiantes. Ou bien devrais-je dire de créatures terrifiantes. Réflexion faite, les deux sont valables. Je vous ai parlé de Férys, qui est une machine, et des Zwiies qui semblent être des créatures vivantes (mais ce sont les autres créatures autours d'eux qui ne restent pas vivantes longtemps, en général).
Or, la seconde galaxie découverte par les Rakrariors et par l'Empire n'est pas peuplée uniquement de ces immondes simulacres d'intelligence. La traversée du (ou des) Techno-Tunnel(s) leur a aussi fait découvrir qu'elle était peuplée de paisibles Bulvoïdes.
Dites moi, ne vous êtes vous jamais demandé d'où provenait l'invraisemblable ressemblance génétique entre les Humains et les Bulvoïdes ? Je vous en prie, ne me parlez pas de hasard, nous sommes ici entre gens sérieux.
D'après les meilleures sources dont nous disposons en ce qui concerne l'histoire du peuple Bulvoïde, ceux-ci seraient originaires du système Bulva situé dans une autre galaxie et seraient arrivés en Voie Lactée il y a plus de 3000 ans. Le seul léger problème, c'est qu'il ne subsiste officiellement aucune archive de cette époque, si bien que personne ne sait exactement où se trouve Bulva ni même s'il existe. On en sait encore moins sur la période antique, c'est à dire il y a plus de 4000 ans, à l'époque où aucun Bulvoïde n'avait encore quitté sa galaxie natale, si je puis dire.
Je ne me prétends pas historien, je ne voudrais pas faire insulte à cette noble profession et à cette chère Miss HildeWar. Mais d'après ce que je vous ai dit précédemment, à savoir que des Bulvoïdes ont été trouvés dans cette galaxie mystérieuse par l'Empire et les Rakrariors, associé aux quelques documents qui subsistent sur l'histoire de ce peuple, il n'est pas difficile de conclure que le système Bulva se trouve dans cette étrange galaxie…
Au fait, je me rend compte qu'il serait peut-être utile, pour la suite de ces récits, d'appeler cette galaxie par son nom. Nous y gagnerions en concision et en clarté. Je ne parle pas de son nom " scientifique ", qui est une espèce de suite de chiffres et de lettres assez peu poétique. Non je parle de l'appellation que lui ont donné les impériaux quelques années après sa découverte : Eden. J'ai toujours trouvé que les impériaux, sous leurs airs prétentieux et bourrus étaient en fait des gens pleins d'humour. En tous cas ils n'ont pas manqué d'ironie lorsqu'ils ont choisi ce surnom pour un lieu qui, déjà à l'époque, commençait à se révéler un véritable enfer.
Au fait vous suivez toujours ? Pour le moment je n'ai pas dit grand chose, si ce n'est que l'Empire et les Rakrariors ont découverts des Bulvoïdes dans la galaxie d'Eden, et que c'est probablement le lieu d'origine des Bulvoïdes.
Je vous disais aussi qu'il existait une ressemblance génétique étrange entre les humains et les Bulvoïdes. J'ai une hypothèse pour expliquer cette bizarrerie. Je sais bien, cher lecteur, que vous m'attendez au tournant. Vous vous dites que je vais tomber dans le travers que je dénonçais précédemment, à savoir présenter des faits non étayés par des preuves scientifiques. Eh bien je ne ferai rien de cela. Je ne vais présenter aucun fait. Certes, je n'ai pas de preuve. C'est pourquoi je ne vais présenter qu'une simple supposition, basée sur mon intuition de vieux reporter bientôt sénile : pour moi, les Humains et les Bulvoïdes ne formaient, à l'origine qu'un et un seul peuple… Et un beau jour, ils se sont retrouvés dans deux galaxies différentes, et ont donc évolué pendant quelques millénaires indépendamment l'un de l'autre, ce qui explique les légères différences génétiques. Maintenant, comment cette " division " a-t-elle eu lieue ? Comment en est on arrivé à avoir deux souches isolées d'une même race dans deux galaxies différentes ? Là encore, je n'ai rien de scientifique à vous mettre sous la dent. Mais je pense qu'une entité supérieure s'en est occupée. Je ne parle pas d'un dieu, ou alors nous n'avons pas la même conception du divin. Non je vous parle d'une entité supérieure par ses pouvoirs, mais aussi idiote et irresponsable que vous et moi. Avec, en prime, un sens de l'humour douteux si j'en juge par toute la suite de l'histoire…
Mais je vous parlerai de cela un autre jour, si vous et moi sommes encore de ce monde.
J'aime beaucoup la religion…
Je ne parle pas d'aimer une divinité, je ne suis même pas sûr qu'il en existe une seule, même si j'en suppose l'existence dans le précédent volet. Ce n'est pas non plus le côté culturel de la chose, si je puis dire, qui m'intéresse. Des chapelles aux gigantesques Croiseurs Cathédrales, en passant par les costumes ou le rôle social de ces mouvements spirituels, rien de tout cela ne me paraît digne d'intérêt. Mais ce que je trouve fascinant, c'est la capacité de la religion à façonner les esprits et donc à peser sur la (ou les) destinée(s) de(s) l'univers.
J'ai rapidement fait le compte. Au cours de derniers millénaires, les mouvements religieux, toutes chapelles confondues (si vous me passez l'expression) sont responsables de la mort, du viol ou de la torture de 611 milliards d'individus. Les diverses guerres saintes, notamment celles des 4 derniers siècles n'y sont pas étrangères, bien entendu. Ce qui est intéressant, c'est qu'environ les trois quarts de ces victimes ont été persécutés au nom d'une divinité finalement assez nouvelle : Cahomer. A peine un millénaire "d'existence", et déjà un si lourd passif… Cette religion est de loin la plus intolérante de toute, et ses fidèles parmi les plus fanatiques. Je pense inutile de vous rappeler le massacre de Diftall, en 4014 où des templiers de l'Eglise (ajoutons Cahomérienne ou non, cela ne change rien puisqu'à l'époque elles ne faisaient qu'un) brûlèrent la totalité de la surface d'une planète qui refusait de se soumettre à l'autorité morale de Cahomer. Les "flammes purificatrices" consumèrent ainsi près de 2 milliards de civils innocents, pendant que les templiers admiraient le spectacle depuis leur croiseur de guerre suréquipé. Voici le rapport que le Maréchal Hauze de Cloys, Maître de la Manus Dei, adressa au Pape Triber III (qui ne portait pas encore le titre d'Archiprélat à l'époque) :
4014, 14 juin, 14h01 HSG
De : Maréchal Hauze de Cloys, depuis le croiseur Montdésir, orbite basse de Diftall
A : Sa Sainteté le Pape Triber III
Objet : Fin de la 18ème Croisade
Votre Sainteté,
Par la présente, et conformément à vos ordres, je porte à votre connaissance la destruction de la surface habitable de la planète Diftall, dans le système éponyme. Suivant votre avis et celui du conseiller Michllis, nous avons procédé à un bombardement en trois salves d'environ 320 000 grenades à antimatière chacunes, portant la température moyenne au niveau du sol à près de 2500 °C à l'issue de l'opération. Nombre de victimes estimé : 1 900 millions, soit 99.6% du total de la population. […]
Pour l'anecdote, sachez que les quelques millions de survivants acceptèrent ensuite de rejoindre l'Eglise…
Quelques siècles plus tard, où en sommes nous ? Le Pape est devenu un Archiprélat (Daramos Lauthyr), une tendance dissidente est apparue au sein de l'Eglise pour finalement devenir totalement indépendante (l'Eglise Cahomérienne de Fulrice…), les Templiers ont pratiquement disparus de même que la Sainte Inquisition. Tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes païens si les derniers mois n'avaient été marqués par la résurgence d'opérations kamikazes de la part de fanatiques des deux bords. Que chacune des deux Eglises soit persuadée de déternir la Vérité, là n'est pas la question. Mais ce que je trouve dangereux, ce sont leurs divergences en ce qui concerne l'attitude à adopter face au "problème Zwiie". L'attitude d'au moins une des deux églises me semble pour le moins ambigüe. Je ne vous en dirai pas plus au sujet de ces divergences, de toute façon la presse vous tiendra imanquablement au courant dans les semaines à venir…
Avez vous remarqué que nous parlions souvent des Zwiies ? Peut-être connaissez vous mal ces créatures, et vous vous demandez donc ce que l'on peut bien reprocher à ces êtres qui, comme vous et moi, furent créés par Cahomer (non, je ne suis pas ironique…).
Eh bien un des principaux reproches que l'on fait généralement à ce heu… peuple, c'est son agressivité gratuite et sans bornes. Approchez vous d'un Zwiie, et il vous tuera immédiatement, sans autre forme de procès, sauf si vous êtes vous même un Zwiie (et encore…). Ces créatures semblent totalement incapables de supporter d'autres êtres vivants dans leur entourage.
Un autre reproche, c'est l'incapacité à communiquer avec eux malgré des siècles d'efforts, notamment par les Rakrariors et l'Empire. Leur " intellect " ne semble tout simplement pas compatible avec celui de toutes les autres races intelligentes. La façon dont ils raisonnent est, encore aujourd'hui, totalement inconnue. La façon dont ils communiquent entre eux, en revanche, semble se faire via un lien télépathique bien qu'aucune étude sérieuse n'ait jamais pu être effectuée sur le sujet (par manque de volontaires, je suppose…). Bien sûr, nous pouvons voir de temps à autres sur les holoforums publics des messages tout à fait compréhensibles provenant de représentants de l'espèce Zwiie. Mais à l'heure actuelle, il a été impossible de prouver que ces transmissions étaient bien le fait de Zwiies et non de petits rigolos piratant le réseau (un peu comme moi en ce moment, j'en conviens...)
Enfin, la spécificité morphologique des Zwiies, à savoir leur capacité à décomposer et recomposer leur corps à peu près comme bon leur semble a toujours inspiré la crainte aux autres espèces intelligentes. En fait, on ne sait toujours pas ce qu'est, physiquement, un Zwiie. On ignore comment leur organisme fonctionne et comment ils se reproduisent. Par contre on sait comment ils se nourrissent…
Mais bon, je sens bien cher lecteur que le sujet commence à vous ébranler. Peut-être serait-il mieux que je poursuive un autre jour…
Mes bien chers frères, quel joie de vous retrouver ! J'espère que vous avez mis à profit les quelques jours qui se sont écoulés depuis le dernier volet de ces carnets pour chanter la gloire de Cahomer le Bienfaiteur…
Je m'aperçois que je vous ai parlé des principaux fléaux de cette galaxie, à savoir Férys, les Zwiies et la Religion, mais que j'ai oublié de vous parler du principal danger, celui qui, à lui tout seul, pourrait provoquer la fin de la vie dans l'univers. Je veux parler de Kors Dantur et de sa sinistre organisation de malfaiteurs, la Fondation.
Non je plaisante.
Mais avouez que vous étiez à deux doigts de le croire, pas vrai (enfin pour ceux d'entre vous qui ont des doigts) ? Que voulez-vous, c'est triste à dire mais il faut bien avouer que certaines personnes ont des têtes de gangsters-nés, et c'est le cas de Dantur. Bref, je ne voulais pas parler de Dantur (j'insiste, vraiment). Je ne veux pas non plus parler de Maître Iparus (encore un qui a la tête de l'emploi…). Tiens pendant que j'y pense, savez-vous qui est Iparus ? j'ai ouï dire ici ou là qu'il s'agit d'une IA, une espèce de digne successeur de Férys. Eh bien c'est totalement faux. Ce cher Iparus est un être vivant, doté d'une conscience (quoi que…) et d'intelligence (non, je ne me moque pas). En fait, Iparus et ses sbires (car ils sont une vraie horde) sont les heureux membres d'une guilde appelée fort grotesquement "Les Chevaliers de l'Absolu". Cette organisation, que l'on pourrait comparer à une espèce de secte de dangereux illuminés, a pour vocation la recherche du "meilleur", sous toutes ses formes. Les membres veulent la meilleure morale, la meilleure intelligence, les meilleurs vaisseaux, la meilleure technologie, la meilleure culture, les meilleurs vêtements, et les meilleures places au cinéma. (je schématise, n'est ce pas?) J'en entends déjà parmi vous commencer à se moquer. Cela n'est pas bien. Il est vrai que tout ceci pourrait paraître drôle si les individus en question n'avaient pas décidé que le meilleur (c'est le cas de le dire) moyen d'atteindre leur but était de raser l'univers pour en reconstruire un meilleur (c'est une idée fixe). Concrètement, ils parcourent les galaxies en empruntant des portails semblables aux Technos-Tunnels en détruisant à peu près tout ce qu'ils rencontrent, du moins tant qu'ils ne tombent pas sur plus fort qu'eux, auquel cas ils passent leur chemin en remettant ça à plus tard. Mais ne m'interrogez pas sur leurs relations avec Férys, la Fondation et Dantur, je ne sais rien de tout cela…
Si la religion est dangereuse, que la technologie est dangereuse (qui prétendrait le contraire, quand on voit ce qui sort des chantiers navals…), que ceux qui recherchent le meilleur sont dangereux et que les sectes sont dangereuses, vous seriez je suppose d'accord avec moi si je supputais que la combinaison de tous ces facteurs au sein d'une organisation dirigée par des névrosés constituerait une menace atroce pour vous et moi… Eh bien cesser de sourire bêtement, cette organisation existe (j'ai des preuves), et c'est à elle que je faisais référence lorsque je vous ai parlé du plus grand danger qui menaçait cet univers. Et non ce n'est pas la Fondation, même s'il y a d'indéniables ressemblances, alors arrêtez un peu avec ça, les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures ! Mais avant de vous révéler le nom de l'heureux lauréat de notre concours de la plus grosse crasse de l'univers, je crois bon de vous parler quelque peu du contexte, afin que vous puissiez mettre les choses en perspective.
Je vous ai déjà dit que les Rakrariors avaient découvert en l'an 3825 un Techno-Tunnel menant dans la belle (?) galaxie d'Eden. Ce fut ensuite au tour de l'Empire de découvrir un tunnel à Uxoje, en 4050. Entre-temps, beaucoup de choses ont eu le temps de se passer dans Eden. Les Rakrariors avaient eu le temps de prendre pied dans cette lointaine galaxie après avoir repoussé les Zwiies qui les avaient attaqués peu après leur arrivée. Ils établirent ce qui était les prémisses d'un puissant empire Rakrarior, calqué sur leur empire déclinant de la Voie Lactée. Les raisons de ce déclin dans leur galaxie d'origine sont d'ailleurs à rechercher dans le considérable effort de guerre qu'ils eurent à fournir en Eden. Donc, ils fondèrent un empire. Pendant des années, ils n'eurent de cesse de se battre contre les Zwiies d'Eden et parfois même contre Férys. Lorsque les humains l'Empire (nous parlons cette fois de l'empire humain de la Voie Lactée) arrivèrent dans Eden en 4050 via le Techno-Tunnel d'Uxoje, ils fondèrent une colonie tout près de ce portail. Baptisée Torgar VIII, elle était destinée à servir d'avant-poste à une futur expansion de l'Empire en Eden. C'est d'ailleurs ce qui se passa au cours du siècle suivant. Humains et Rakrariors s'étendirent péniblement dans Eden.
On ne sait pas précisément à quelle époque remonte le premier contact qu'eurent ces colons avec les Chevaliers de l'Absolu dans Eden, mais je pense qu'on peu situer les toutes premières " infiltrations " vers l'an 4060. A cette époque, donc, des membres des Chavaliers de l'Absolu se mêlèrent aux colons d'Eden afin de les imprégner subrepticement de leurs idées. Au fil des ans, ils parvirent à convertir une partie d'entre eux, tant du côté des Humains que des Rakrariors. En secret, ils jetèrent les bases de ce qui deviendrait quelques années plus tart la Sainte Eglise Industrielle. Celle-ci ne prit véritablement son essort que bien des décennies plus tard, lorsque Férys attaqua les colonies et que les Techno-Tunnels furent bouchés malgré les efforts de la garde impériale de Lorendoras VIII pour maintenir celui d'Uxoje ouvert. A ce propos, je vous livrerai dans un prochain carnet, et en exclusivité galactique, l'enregistrement d'une partie des conversations de l'équipage de ces dix supercroiseurs dont on perdit officiellement la trace en 4192. D'ici là, que Cahomer vous garde…
Vous savez, contrairement aux apparences je vous aime bien. Ce n'est pas par sadisme que je vous ai raconté tout ce qui précède. Je n'avais ni l'intention de provoquer en vous de la peur, ni de noyer votre petit cerveau dans un océan de dates et de faits dont, pour la plupart, vous n'aviez jamais entendu parler jusqu'à présent (tout en vous en portant très bien, je sais). Mais il se trouve que l'univers évolue très rapidement et, si je puis me permettre cette image, il fonce à grande vitesse vers un mur où il se fracassera (et nous tous par la même occasion). Si les précédents volets ne vous en ont pas convaincu, les suivants y arriveront peut-être. Sinon, eh bien vous mourrez sans même vous être rendu compte du danger, ce qui, tout compte fait, n'est pas nécessairement une mauvaise chose.
Donc, je vous parlais de la Sainte Eglise Industrielle, créée en secret dès 4060 par les Chevaliers de l'Absolu en Eden, en infiltrant petit à petit leurs idées dans les tête des humains de l'Empire Humain et des Rakrariors de l'Empire Rakrarior. Vous me suivez jusque là ? Je vous l'ai dit, rien n'est simple dans cette histoire, mais je vous fournirai à la fin de ces carnets un calendrier récapitulatif qui pourra peut-être vous servir… Ne me remerciez pas.
Sans transition, une petite question : comment la plus puissante et la plus prestigieuse des flottes de guerre de l'Empire (humain) peut-elle disparaître un beau jour sans laisser de traces ? Réponse : elle ne le peut pas. Mais dans ce cas, comment expliquer qu'aucune information n'ait jamais été découverte quant à la disparition de la garde impériale de l'Empereur Lorendoras VIII en 4192 ?
Année 4192 : Alors que la flotte impériale est occupée à achever ce qui reste de civilisation non humaine, l'Empereur fait armer sa garde personnelle (10 supercroiseurs, en orbite permanent autour de la Terre et équipés des technologies d'armement les plus secrètes et les plus meurtrières) et l'envoie vers une destination qu'il refuse de dévoiler mais supposée fort lointaine par ses proches collaborateurs. On raconte qu'il s'agirait d'un système mystérieux non cartographié. Personne ne connaît le but de cette mission. Note d'HildeWar : Il s'agissait du système Uxoje en 004-099. On pense que les vaisseaux ont ensuite emprunté un passage menant vers une dimension parallèle ou une autre galaxie. (Texte extrait de l'Encyclopédie d'Histoire Galactique)
En ces temps héroïques, dix appareils de ce type représentaient une puissance à peu près équivalente à l'ensemble des autres appareils de guerre en service dans l'univers connu, toutes races confondues. Bien. Mais alors que s'est-il passé ? L'Encyclopédie d'Histoire Galactique prétend que la dernière transmission de la flotte provenait de l'ordinateur de bord du croiseur amiral et faisait état d'un grave danger imminent. Ce fut malheureusement le dernier contact avec la flotte.
Je vous disait que la flotte ne pouvait disparaître ainsi sans laisser de trace, et effectivement il existe bien plus que des traces. Rien de tout cela n'a jamais été publié pour des questions stratégiques, mais je pense que les temps ont changés et que l'Empire n'a plus besoin de tenir ces informations secrètes. Je ne vais pas faire de triomphalisme inutile, ni rédiger ici mon auto-hagiographie, mais je vais simplement vous faire part de ma fierté d'être entré en possession des enregistrements des conversations de l'équipage des croiseurs peu de temps avant leur tragique disparition. L'Holofilm que vous allez voir est une reconstitution basée sur les éléments en ma possession. Certains détails peuvent différer de la réalité mais je ne pense pas m'être trompé de beaucoup quant au déroulement des événements. Ah oui vous noterez que l'Encyclopédie avait raison sur un point : la dernière contact avec la flotte venait bien de l'ordinateur de bord du vaisseau amiral, et pour cause…
Année 4192, 06 février, 00h29, Voie Lactée, quelque part dans le secteur 25.
A bord du Cybian, le croiseur amiral de la garde impériale.
A quelques secondes du saut hyperspatial, le visage de l'Amiral Biggs n'exprimait que calme et sérénité. Du haut de ses 65 ans passés, il était considéré comme un vétéran au sein de la flotte impériale. Après tout, il était l'un des rares à avoir encore servi dans la Flotte lors de la grande période de paix sous Lorendoras VII, puis lors des guerres de l'ère de Lorendoras VIII. Il avait participé à la " Bataille des Quatre Empires ". Tout au long de sa carrière, il n'avait jamais manqué un occasion de se distinguer. Sa hiérarchie ne mit d'ailleurs pas longtemps à le remarquer et il bénéficia rapidement d'importantes promotions. Il faut dire qu'il était réellement fait pour la Flotte, et la Flotte était faite pour lui. Son aptitude au commandement n'avait d'égal que son intuition légendaire. Souvent il avait sorti son équipage de situations délicates grâce à sa capacité à sentir les choses, à les anticiper. Ses hommes se considéraient en sécurité entre ses mains. Et les dizaines d'autres vaisseaux lourds de la Flotte savaient qu'ils n'auraient pu être placés sous l'autorité d'un homme plus compétent. Voilà pourquoi aujourd'hui il commandait la plus puissante et la plus prestigieuse de flottes : la garde impériale de Lorendoras VIII.
C'est donc dans un sentiment de relative confiance que toute la flotte effectua son dernier saut en hyperespace avant sa destination finale : le Techno-Tunnel D'Uxoje. Les ordres de l'Empereur étaient simples : il fallait franchir le tunnel et intercepter en Eden toute flotte hostile. L'Amiral Biggs avait reçu les moyens nécessaires à cette tâche, et il comptait bien les utilier.
06 février, 1h12, à bord du Cybian aux coordonnées 004-099
La puissante flotte impériale déchira la Trame et réintégra
l'espace standard après un long saut en hyperespace. Le temps fut
suspendu pendant une nanoseconde lorsque les vaisseaux de guerre franchirent
les limites de l'espace-temps, puis la brèche se referma et les appareils
restèrent comme suspendus dans le vide spatial.
A bord du vaisseau amiral, le calme régnait. Dans son fauteuil de
commandement sur la passerelle, l'Amiral Biggs était toujours aussi
impassible. Après toutes ces années, c'est à peine s'il
ressentait encore le picotement caractéristique au déplacement
dans la Trame. Mais quelque chose n'allait pas. Cela faisait moins de 5 secondes
que la Flotte avait quitté l'hyperespace, et l'Amiral sentait qu'une
force inimaginable était à l'œuvre autour d'eux.
Tout à coup, l'air fut déchiré d'une sonnerie stridente. Les alarmes du croiseur hurlèrent à la mort.
Sur l'écran de la console de commande clignotaient ces mots : " Danger classe 10. Intégrité de la flotte menacée. Besoin d'instructions immédiates. " L'Amiral Biggs se passa une main sur le visage, et pressentit qu'il allait encore avoir une rude journée. Enfin une rude nuit selon l'heure galactique standard. Mais qu'importe. Il jeta un œil autour de lui. La passerelle commençait à s'agiter. Tous les hommes étaient à leur poste et s'activaient fébrilement pour tenter de déterminer ce qui pouvait bien provoquer cette alerte dont le bruit assourdissant commençait à leur taper sur les nerfs. L'amiral se sentit envahi par un grand calme. Il n'était jamais aussi tranquille et maître de lui-même que dans les cas d'extrême urgence, lorsque tout le monde autour de lui semblait en proie à la panique la plus totale.
Ses idées se remirent en place en une fraction de seconde, et il aboya : " Vaisseau, cessez moi ce tintamarre ! Faites moi un rapport concis de la situation, je vous prie." La voix calme de l'ordinateur de bord lui répondit : " Trou noir droit devant. Masse estimée : 120 millions de Soleils. Nous avons dépassé l'horizon d'environ 0.01 parsec. Temps estimé avant désintégration du vaisseau : 18 minutes. Je suggère un nouveau saut hyperspatial avec temps de calcul réduit. La probabilité de survie pourrait être proche de 45 pourcents si nous ne perdons pas de temps.
Cette nouvelle eut pour effet de considérablement plomber l'atmosphère sur la passerelle même si les hommes tentèrent de ne rien laisser paraître de leur inquiétude. L'amiral reprit la parole : " Vaisseau, a partir de cet instant, je reprends personnellement le contrôle de l'ensemble de la flotte. Avertissez l'équipage des autres croiseurs que nous allons replonger en hyperespace dans quelques minutes. " L'amiral marqua une pause puis continua : " Vaisseau, veuillez je vous prie exécuter pour l'ensemble de la flotte la manœuvre suivante : rotation en direction du point 122-92-04, désactivation de tous les systèmes non essentiels, redirection des flux énergétiques vers les moteurs et accélération maximale. Je veux du 4000 g au minimum pour tous les appareils.
- A vos ordres, amiral. Manœuvre en cours.
- Autre chose, ordinateur. Veuillez je vous prie entreprendre les calculs nécessaires à un saut en hyperespace vers les coordonnées xxx-yyy. Prenez tous les racourcis possibles pour être en mesure de me proposer une probabilité de réussite acceptable dans moins d'un quart d'heure. Dans tous les cas de figure, vous devez être prêt à sauter à chaque seconde dans l'hypothèse où je vous en donnerais l'ordre. Par ailleurs, dans l'hypothèse où il arriverait quelque chose de fâcheux à moi-même ou à l'équipage au cours des prochaines minutes, je vous donne mandat pour accomplir toutes les actions que vous jugerez nécessaire pour garantir la survie d'un maximum d'appareils de la Flotte. Avez-vous bien compris ?
- Affirmatif. Les calculs sont en cours. Nous allons commencer l'accélération dans 15 secondes. Je vous suggère de regagner votre siège et de vous y attacher, des secousses n'étant pas à exclure en dépit de l'antigravité.
L'Amiral suivit la suggestion de l'ordinateur et regagna son siège. Quelques secondes plus tard, la coque commença à être parcourue de puissantes et rapides secousses. Les énormes moteurs à antimatière du croiseur venaient de se déchaîner et libéraient la formidable énergie nécessaire à une accélération maximale.
Bien qu'il ait totalement confiance en la résistance des structures du vaisseau, Biggs avait l'impression que chaque tôle, chaque rivet et chaque joint essayaient désespérément de lui signaler qu'ils allaient céder sous peu. De toute évidence, les systèmes de bord avaient les plus grande peine à maintenir une gravité constante et homogène à bord. La présence du trou noir à proximité n'y était certainement pas étrangère.
" Un trou noir ! " pensa Biggs. Il ne manquait plus que ça. Non pas que ce genre d'événement soit particulièrement inhabituel. L'histoire des voyages spatiaux était parsemée d'incidents en tous genres lors des sorties d'hyperespace. Combien de flottes n'avaient pas été décimées suite à des rencontres avec des champs d'astéroïdes, des champs de débris, des trous noirs ou carrément des rencontres avec le centre d'une étoile suite à une grossière erreur de calcul. Dans ce cas-ci, l'amiral connaissait parfaitement quelles étaient les manœuvres préconisées par l'académie impériale : faire une tentative d'évitement en utilisant les moteurs conventionnels à pleine puissance, et, si nécessaire, réintégrer l'hyperespace pour tenter de ressortir hors d'atteinte de la terrible attraction du trou noir. Le problème, bien entendu, venait du fait qu'un saut hyperspatial nécessite dans le meilleur des cas une demi-semaine de calcul pour être exécuté sans danger ou presque. Un saut à l'improviste, sans le moindre calcul, avait 98,5% de chance de provoquer la perte du vaisseau (concrètement, cela veut dire que celui-ci avait toute les chances d'entrer dans la Trame mais de ne jamais pouvoir en ressortir). Avec un temps de calcul de 5 minutes, ce taux tombait à 90%. Avec 20 minutes, 50%. Avec une heure, 30%. Et il décroissait ainsi de manière non-linéaire pour atteindre environ 0.001% après 6 jours de calcul. A noter que la taille du vaisseau n'était d'aucune importance lors des calculs. Bref, l'amiral savait que toute minute de sursis qu'il pourrait gagner augmenterait drastiquement les chances de survie de son équipage et de celui des autres appareils de la flotte. C'est pourquoi il avait ordonné la manœuvre précédente.
Pendant que l'ordinateur continuait à calculer la meilleure trajectoire pour la Flotte à travers la Trame, Biggs fit afficher sur l'écran principal une vue de l'endroit où se trouvait le trou noir. Comme prévu, il ne vit pas grand chose. A peine une espèce de tache noire sur le fond étoilé. Le trou noir captait tout se qui passait dans horizon mortel, y compris la lumière. En mode de propulsion normal, la Flotte n'avait pas la moindre chance de lui échapper. " Etrange ", pensa l'Amiral. Le vacarme provoqué par les craquements des structures et le grondement des moteurs était devenu réellement assourdissant. Plus personne ne bougeait sur la passerelle. Chaque homme était à son poste et tentait de se concentrer sur sa tâche. Moins de dix minutes s'étaient écoulées depuis le début de leur manœuvre d'évasion. L'amiral s'adressa au vaisseau : " Ordinateur, où en êtes vous ?
- Amiral, je ne peux garantir plus 40% de vaisseaux survivants dans l'état actuel de la procédure.
- Il va bientôt falloir y aller. Faites de votre mieux dans les quelques secondes qui vous restent. Tenez vous prêt à sauter à mon ordre. N'empêche que je me demande ce qui a bien pu se passer lors de la procédure précédente pour que nous finissions en plein trou noir ! Il faudra que vous m'expliquez cette erreur de votre part, vaisseau.
- Si je puis me permettre, Amiral, j'ai pris la liberté d'effectuer une vérification de notre position. Il me faut vous signaler que je n'ai commis aucune erreur et que rien d'anormal ne s'est produit. J'ai conduit la flotte exactement aux coordonnées demandées.
Pour la première fois depuis qu'ils étaient arrivés dans le trou noir, l'Amiral Biggs sentit un serrement dans son ventre. Il lutta pour se dominer et pour faire refluer les vagues de peur qui tentaient de l'atteindre.
- Qu'avez-vous dit, ordinateur, siffla-t-il. Nous sommes à destination ? Mais alors qu'est-ce que cela signifie ? OU EST UXOJE ?? OU EST LE TUNNEL ?? " Une terrible secousse vient secouer le croiseur. De son poste, l'officier des scanner signala que le supercroiseur Fillium venait de se désintégrer. L'amiral s'apprêta à répondre, mais après une brève hésitation c'est l'officier des scanners qui continua à parler : " Amiral, je détecte un nombre importants de vaisseaux en provenance du heu… du trou noir et hem… ils approchent rapidement dans notre direction et…c'est eux qui viennent de détruire le Fillium.
- QUOI !? rugit l'amiral. C'est une plaisanterie, officier ? Où dans cet univers pouvez vous trouvez des appareils capables de SORTIR d'un trou noir ? " Soudain une nouvelle alarme retentit sur un ton qui ne laissait aucun doute : la flotte faisait l'objets de tirs et le vaisseau venait d'être touché.
L'Amiral reprit d'une voix redevenue calme, en détachant bien chaque syllabe : " Ordinateur, veuillez je vous prie procéder au saut hyperspatial.
- Amiral, je dois vous avertir qu'en entreprenant ce saut, je ne pourrai garantir la survie de plus de 45% des appareils dans la Trame. Veuillez confirmer votre ordre.
- Je le confirme. Veuillez sauter, je vous prie.
Une seconde s'écoula, pendant laquelle l'ordinateur prépara et envoya en direction de la Terre une série d'informations. Puis les générateurs du croiseur déchirèrent la Trame, et toute la garde impériale s'engouffra dans la brèche, pour ne jamais en ressortir.
Impressionnant, vous ne trouvez pas? Les causes pour lesquelles aucun appareil impérial n'échappèrent au saut hyperspatial sont inconnues, mais il est probable que les tirs dont fut victime le croiseur amiral causèrent des dégâts suffisamment important pour faire totalement échouer la manoeuvre.
Au fait, j'ai oublié de vous dire que les appareils qui ont attaqué la garde impériale étaient des vaisseaux zwiies...